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| ANNEXE
Ces positions philosophiques, PAASCHE les communiquera à ses camarades des mouvements de jeunesse. Dès octobre 1913, il participe à la célèbre fête du Hohen Meissner, qui célèbre le centième anniversaire de la bataille des nations, livrée à Leipzig en 1813. En 1911, II fait partie de la rédaction de la revue « Der Vortrupp ». Plus tard, il passera à celle de « Junge Menschen ». La nature africaine, vierge des souillures industrielles, l’âme africaine, vierge des miasmes du matérialisme et du consumérisme, continuent à le fasciner. Avec sa jeune épouse Helga, il part, en 1910/11, explorer les sources du Nil. C’est là qu’il rencontrera LUKANGA MUKARA, un jeune notable indigène, interprète du roi Ruoma de Kitara et natif de l’île Ukara située au milieu du Lac Victoria. PAASCHE dialoguera longuement avec cet intermédiaire ignorant la civilisation occidentale. C’est ce dialogue que reprend son célèbre conte Die Forschungsreise des Afrikaners Lukanga Mukara ins innerste Deutschland (Le voyage de l’Africain Lukanga Mukara au plus profond de l’Allemagne). Mais les rôles y sont inversés. C’est l’Africain qui visite l’Europe et s’étonne des mœurs bizarres des indigènes. Un peu semblable aux Lettres Persanes de MONTESQUIEU, ce livre renoue avec les meilleurs principes de la satire corrosive et mordante ; l’ouvrage deviendra rapidement un « best-seller ». Lukanga Mukara écrit à son roi demeuré en Afrique et lui fait part des impressions qu’il recueille dans l’Allemagne wilhelmienne, bourgeoise et cossue. Les marottes européennes sont prises à partie : règles de politesse ridicules et désuètes, inhumanité du travail, culte bouffon du papier-monnaie, accoutrements grotesques, manie du tabac et de l’alcool, etc. Qu’on en juge par cet extrait : « Grand Roi
! Unique Roi ! Et puis il y a le « faire-la-fumée ». Ils font venir des feuilles roulées d’une plante rare, font une flamme et allument ces rouleaux à une extrémité. L’autre extrémité, ils la coincent entre leurs dents. Ils ferment alors leurs lèvres et aspirent, de façon à ce que la fumée pénètre dans leur bouche. De leur bouche, ils expirent la fumée dans l’atmosphère et la pièce où ils se trouvent s’emplit alors de cette fumée sortie de leurs poumons… Puis ils installent des tonneaux remplis d’un liquide brun et puant et parlent haut de la mousse blanche qui nage à la surface de ce liquide et qu’ils nomment la « fleur »… Tous les Wasungu ne font pas de la fumée puante. On distingue chez eux les puants des non-puants. Quand l’atmosphère est devenue suffisamment pestilentielle, on discute pour savoir s’il faut ouvrir une porte… O Rigombe, toi qui vit au-dessus de la montagne de feu et qui rafraîchit tes pieds dans la neige, protège nous, mon Roi et moi, son serviteur… » PAASCHE, par le truchement de son héros africain, critique la consommation naissante : « En Allemagne, pas un homme ne peut être heureux sans travailler, sauf s’il a beaucoup d’argent. Et quand ils ont de l’argent, ils ne l’utilisent pas pour faire leur bonheur, ce qui ne coûterait rien mais se laissent convaincre par d’autres qui, eux, veulent gagner de l’argent, d’acheter, pour compléter leur bonheur, toutes sortes de choses qui n’ont aucune espèce d’utilité et qui sont fabriquées dans les bâtiments qui font de la fumée. Je pense qu’un homme qui se satisfait de peu et n’achète rien n’est pas bien vu en Allemagne. En revanche, un homme qui s’entoure de mille choses qu’il conserve, protège, enferme, nettoie et doit contempler chaque jour, acquiert une certaine considération… » Quand la première guerre mondiale éclate, PAASCHE, rejoint la Marine et participe aux combats pendant deux ans. Dégoûté de la guerre, il quitte l’uniforme, devient un pacifiste militant, connaît la prison, est libéré par les soviets de matelots, d’ouvriers et de soldats qui l’élisent à la tête d’une commission puis se retire de toute vie active et réside sur ses terres. Sa femme meurt et quelques mois plus tard, à la suite d’une fausse dénonciation, une soixantaine de soldats de la Brigade Ehrhardt se présentent chez lui et l’abattent, croyant découvrir dans sa demeure un arsenal secret. PAASCHE, est l’un des premiers satires modernes de la société libérale avec ses absurdités de consommation et d’administration. Sa fille Helga dénonce les tentatives de récupérer PAASCHE politiquement. Durant sa courte vie, il est resté un esprit solitaire et indépendant. Pour lui, le mal, c’est l’esprit matérialiste généré par les faux concepts qui régissent nos économies occidentales. Comme Ezra POUND, autre grand solitaire, PAASCHE pense que « l’économie politique qui prévaut aujourd’hui met au centre de ses préoccupations la chose morte et non l’homme ». Homme de gauche et chrétien marginal, PAASCHE a lutté dès sa jeunesse contre l’alcoolisme. En ce sens, il est une sorte d’utopiste puritain qui considère que l’alcool est le ferment de la décadence européenne. Son obsession de la décadence le marginalise paradoxalement par rapport aux milieux de gauche de son temps qui vénéraient l’idole « progrès ». L’humanisme
de PAASCHE peut laisser sceptique. On peut ne pas partager sa sublime
naïveté et ce qu’elle implique sur le plan politique,
c’est-à-dire la critique incisive sans contrepartie constructive.
Mais qui resterait insensible à son plaidoyer pour le monde animal,
aux phrases dures qu’il a écrites pour stigmatiser la chasse
aux oiseaux pour vendre des plumes aux modistes des bourgeoises, la chasse
aux phoques pour offrir des paletots à toutes ces sinistres cloches
pomponnées, etc. Avec PAASCHE, comme plus tard avec un philosophe
aussi profond que KLAGES, on découvre une vision acceptante de
la Vie, du cosmos, de la totalité biologique. Et un dégoût
bien campé pour les grimaces et les singeries que sont les conventions
sociales stériles. Le rêve des mouvements de jeunesse allemands,
du Wandervogel initial à la Freideutsche Schar, a été
de créer un Jugendreich, un Reich de la jeunesse, où ces
reliquats, ces bouffonneries n’auraient plus de place. Hans PAASCHE, Die Forschungsreise des Afrikaners Lukanga Mukara ins Innerste Deutschland, Donat & Temmen Verlag, Bremen, 1989, 136 S. *** Autres passages à consulter:
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